Qu’est-ce que la médiation ?
Vous êtes en conflit avec votre voisin ? Avec un collègue ou un partenaire professionnel ? Avec votre conjoint ou un membre de votre famille ? Un problème « pas assez grave pour aller au tribunal », mais suffisamment pour jeter une ombre dans votre vie ? Une situation compliquée, coincée, sans issue ? Bien que ce soit dur à percevoir au premier abord, derrière ces blocages se cache une opportunité : nous rapprocher un peu plus de la vie que nous souhaitons vivre. Comme l’écrit William Ury, professeur à Harvard et auteur de Getting to Yes : « aussi étrange que cela puisse paraître, le monde a besoin de plus de conflits, pas moins ».
La médiation, au même titre que la conciliation ou l’arbitrage, est un mode de règlement amiable des différends. Comparativement rapide et peu coûteuse, elle est de plus en plus prisée, par les institutions (tribunaux, entreprises) comme par les particuliers (familles, habitants…) Au cours de la médiation, les parties ne font pas face à un juge qui dit le droit, tranche, et impose un verdict ; elles n’exposent pas leurs arguments à un arbitre qui prend la décision qui lui paraît juste ; elles ne choisissent pas parmi les propositions d’un conciliateur, expert du domaine du litige. Ce sont les parties elles-mêmes qui vont construire la solution à leur différend : c’est là que réside l’essence de la médiation.
Le médiateur, qui peut travailler seul ou en co-médiation avec un ou une collègue, ne donne pas de conseils, ne dit pas qui doit faire quoi, ni qui a tort ou a raison. Par son écoute non jugeante, son impartialité, sa capacité à reformuler, il amène chaque partie à faire entendre son propre point de vue, et aussi à entendre le point de vue de l’autre. Au-delà de la logique des faits, il les aide à voir plus clair dans leurs ressentis, leurs priorités, leurs besoins, leurs valeurs.
La médiation, quel objectif ?
On peut dire que la médiation a deux objectifs : un objectif officiel, et un objectif officieux.
L’objectif officiel, c’est de trouver un accord. A cet égard, la médiation est plutôt efficace, avec des résultats voisins de 70% pour la médiation familiale ou la médiation inter-entreprises. Si le médiateur expérimenté est capable d’aller rapidement au coeur du problème, son objectif n’est pas de chercher à boucler l’accord à tout prix, au plus vite. Son rôle n’est pas de persuader. Au contraire, le processus est fait pour laisser le temps aux parties d’hésiter, d’évoluer et faire maturer leur position. L’accord obtenu n’en sera que plus robuste, durable, et il aura toutes les chances d’être implémenté.
Mais tous les conflits ne peuvent pas se régler par la signature d’un simple accord. Et c’est là qu’est le but « officieux » de la médiation : rétablir le dialogue et apaiser la relation. Dans ce domaine, elle réussit immanquablement. La médiation fait toujours avancer la relation : dans le meilleur des cas, elle mène à une résolution complète ; parfois, elle ne donne pas lieu à un accord immédiat mais porte ses fruits plusieurs semaines ou mois plus tard ; enfin, elle permet toujours de clarifier ses positions, de se « mettre d’accord sur le désaccord » et de choisir éventuellement, en conscience et de façon apaisée, de mettre un terme à la relation et de continuer son chemin séparément et sereinement.
Comment se déroule une médiation ?
En pratique, le processus de médiation se décompose en trois phases.
• Une série initiale de brefs entretiens permet de délimiter le périmètre de la médiation et d’en déterminer les participants. C’est une phase parfois délicate : dans des médiations familiales ou institutionnelles, décider qui va s’asseoir à la table de la médiation est une étape cruciale pour le succès de celle-ci.
• Le médiateur mène ensuite des entretiens individuels séparés. C’est une phase importante : à ce stade, les parties ont l’opportunité d’exposer leurs difficultés à un tiers qui va les écouter sans conditions, sans les interrompre, et qui est capable d’accueillir pleinement leurs émotions. Il les aide à prendre du recul et à différencier besoins et stratégies. Dans certains cas, ces entretiens peuvent suffire pour mettre fin au conflit.
• Enfin, la troisième étape est celle de la réunion plénière, d’une durée usuelle de deux à trois heures. Le médiateur, par son impartialité et son attention aux temps de parole, installe un climat d’écoute et de respect mutuel. Il invite chaque partie à exprimer librement ses griefs, ses inquiétudes, ses besoins, ses valeurs… Par la qualité de son écoute, il l’aide à être entendue par l’autre. Il tient fermement la barre à travers l’expression croissante du ressentiment, de la frustration, de la colère, jusqu’au point de bascule : l’une des parties se sent enfin rejointe, comprise, et dès lors la tendance s’inverse et la relation commence à se rétablir. C’est un processus non linéaire et plusieurs réunions sont parfois nécessaires pour parvenir à un accord.
Les parties peuvent participer à la médiation accompagnées de leurs avocats ; ils leur apporteront une aide indispensable pour la rédaction finale de l’accord, s’assurant de sa validité si les parties choissisaient de le faire homologuer par un juge.